Samedi 31 janvier 2009
Dieu, qu'il soit un postulat, une hypothèse ou un artifice, voit son existence déterminée d'abord par son utilité. Que les dieux aient été façonnés dans une glaise antique ou gravés dans la pierre, leurs traits fréquemment anthropomorphes en ont fait les serviteurs des ambitions politiques. Discuter de son utilité est un premier pas vers l'explication de la pérennité de la notion de dieu. L'utilitarisme des dieux assure leur longévité mieux que toute tentative de démonstration de leur existence sachant que les opinions divergent sur la validité du recours à la preuve en ce domaine. Un dieu devenu inutile ne saurait demeurer longtemps dans son inaction et glisserait progressivement vers le panthéon des divinités passées, finies, oubliées du fait de fonctions périmées ou ne répondant plus à la demande d'un marché volatil. A quoi bon Chaac, Zeus ou Râ ? Rendus obsolètes par la concurrence monothéiste, d'innombrables vains démiurges ont perdu leur cour pour trouver asile dans les musées ou finir auscultés sous le scalpel des anthropologues.

Une des priorités d'un gouvernement étant la conservation de sa propre situation, la mise à sa disposition de la menace divine par les clercs a souvent été convoitée. Dans la pratique, la distance entre les autorités publique et religieuse a été variable, chacun tentant de mettre la main sur l'autre ou de se prémunir de sa convoitise mais quelle qu'ait été leur relation et leur méfiance réciproque, l'Église catholique a, de façon constante, assuré un rempart contre les activités révolutionnaires : "Quelles que fussent les injustices, les oppressions, les rapines des souverains, ou religieux, ou hypocrites, les prêtres eurent soin de contenir leurs sujets. Ne soyons point non plus étonnés de voir tant de princes, incapables ou méchants, soutenir à leur tour les intérêts d'une religion, dont leur fausse politique avait besoin, pour soutenir leur autorité." (Paul Henri Dietrich baron D'Holbach, Le christianisme dévoilé, chapitre 14). L'institution romaine l'a d'ailleurs souvent exprimé dans ses temples. A Paris, une proportion élevée des églises catholiques présente des signes de ressentiment contre les épisodes révolutionnaires qui ont secoué la capitale, qu'il s'agisse de la grande révolution de 1789, du soulèvement de juin 1848 ou de la Commune de 1871. Comme "le sang des martyrs est la semence des chrétiens" (Tertullien), l'individu n'a pas à être libéré de ses entraves mais doit souffrir en silence et accéder au martyre. La douleur est belle mais la révolte est honnie. Pour cela, l'ordre catholique s'appuie sur une forte hiérarchie des obéissances : l'individu doit être soumis à son maître, à son gouvernement, pas de rébellion contre l'État tant qu'il respecte la religion. L'exhibition d'un dieu qui enseigne la résignation et le refus de la révolte servira donc d'autant mieux la domination de quelques uns sur l'ensemble, d'où la collaboration des clercs avec le roi, le dictateur, le président d'une démocratie ou le sultan, une collusion moquée finement, dans cette dernière situation, par Kateb Yacine dans La poudre d'intelligence.

Dieu n'est finalement bon qu'à une chose : assagir le peuple, le persuader de la vanité de toute tentative d'agir sur le cours des choses, présenter l'émancipation comme un mirage pour, au contraire, enfermer l'individu dans la résignation, la stérilité de la prière et l'attente docile d'un au-delà rassurant. N'étant donc pas complètement bon à rien, Dieu s'avère cependant mauvais en tout : en justice, en égalité entre tous, en amitié entre les peuples, en science. Dieu est ce que ses interprètes souhaitent qu'il soit. La mascarade ne perdure que par l'intérêt qu'y ont les puissants; Dieu les couvre de l'aura de son autorité suprême. Aujourd'hui, le droit divin ne dispose plus vraiment de monarchies où s'insérer mais quelques démocraties fournissent matière à sa reformulation. Le lien tranché le 21 janvier 1793 entre le pouvoir capétien et l'autorité divine ne l'aura été que dans la forme et la recherche d'une verticalité qui court-circuite l'individu motive toujours quelques ambitions personnelles où affleure la tentation autoritaire.

Face à l'acoquinement des deux ordres, une séparation respectueuse ne saurait suffire tant que l'essence de la religion demeure. La formation d'une religion obéit moins à la satisfaction de besoins spirituels qu'à la nécessité de régenter les aspirations individuelles émancipatrices. Espérer qu'une religion puisse être confinée à la sphère privée, et que s'effacent ses prétentions politiques, n'est que chimère. On ne construit pas des temples, des églises, des mosquées, des pyramides ou des pagodes sans qu'un pouvoir politique n'y trouve son intérêt.



 (www.atheisme.org).

Par Brice SSD - Publié dans : Religion - Communauté : Madagascar
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